La semaine de tous les dangers

Echec des négociations avec les créanciers, annonce d’un référendum, contrôle des capitaux et risque accru de sortie du pays de la zone euro, le point sur la crise grecque

a crise financière de la Grèce, dont la dette colossale avoisine les 180% de son PIB (Produit intérieur brut) est entrée dans une nouvelle phase ce lundi avec une première journée de contrôle de capitaux décrétée par le gouvernement d’Alexis Tsipras. 

La situation s’est brusquement dégradée ce week-end, entre échec des négociations avec les créanciers, annonce d’un référendum en Grèce, et risque accru de sortie du pays de la zone euro. Le point.
Que s’est-il passé ce week-end ?

Européens et FMI ont mis sur la table ces derniers jours une proposition prévoyant une extension de cinq mois du programme d’aide dont bénéficie actuellement la Grèce (et qui expire mardi 30 juin) et un paquet d’au moins 12 milliards d’euros à verser en quatre temps jusqu’en novembre.

Une aide conditionnée à la mise en place de profondes réformes (retraites, TVA…) en Grèce. Des réformes « jugées inacceptables » par le Premier Ministre Alexis Tsipras, qui juge ainsi l’extension trop courte, le montant insuffisant et les conditions trop exigeantes.

Ce dernier a dégainé l’arme ultime dans la nuit de vendredi à samedi en annonçant un référendum sur la proposition des créanciers pour le 5 juillet, semant la confusion à quelques heures de l’Eurogroupe de la dernière chance samedi à Bruxelles. Une décision qui a entraîné une cascade d’événements dans le dossier grec.

Les responsables de la zone euro, excédés, ont ainsi fermé samedi la porte des négociations, expliquant que la partie grecque avait rompu unilatéralement les négociations avec l’annonce de ce référendum. Seule la Banque Centrale Européenne, a accordé dimanche un sursis à Athènes en maintenant le financement des banques grecques.

Le plan d’aide au pays va donc s’achever mardi 30 juin et la Grèce ne devrait pas être en mesure de rembourser une échéance de 1,5 milliard d’euros au FMI le même jour, augmentant la perspective du défaut de paiement et donc d’une sortie de la Grèce de la zone euro (Grexit).
Pourquoi la Grèce ferme-t-elle la bourse et les banques ?

La fermeture des banques, celle de la Bourse et l’instauration d’un contrôle des capitaux ont été décidées en Grèce depuis dimanche soir pour éviter une panique bancaire et boursière. Dans le pays, les Grecs ont massivement retiré leur argent des banques ce week-end, un « bank run » qui justifie la mise en place de ce contrôle des capitaux. 

La Bourse d’Athènes restera même fermée jusqu’à lundi prochain inclus, comme les établissements bancaires du pays dont la réouverture est prévue au surlendemain de ce référendum sur les négociations avec les créanciers.

Quelles conséquences pour les marchés financiers ?

La Bourse de Paris a lourdement chuté lundi matin (-4,44%), plombée par les derniers événements de la crise grecque, et ce comme l’ensemble des Bourses européennes et asiatiques.

Autre signe inquiétant : les taux d’emprunt des pays du sud de la zone euro, notamment l’Espagne et l’Italie, se tendaient très fortement à l’ouverture sur le marché de la dette, celui de l’Espagne montant par exemple à 2,720% contre 2,150% vendredi.

    « La réaction réflexe, c’est de fuir l’euro »

Pour Sam Tuck, analyste chez ANZ New Zealand, les marchés entrent dans l’inconnu. « La situation va rester très volatile, beaucoup de choses peuvent changer très rapidement, il n’y a pas de scénario pré-existant », a-t-il dit à l’agence financière Bloomberg News.

« La réaction réflexe, c’est de fuir l’euro. Le défaut de paiement mardi au FMI paraît certain et lorsque que cela se produira, il n’y aura plus de proposition, plus de mandat légal pour que l’Europe renfloue la Grèce », a-t-il ajouté.

La Bourse de Paris a chuté lourdement lundi matin, comme l’ensemble des Bourses européennes et asiatiques.© Photo AFP PETER PARKS

Vers des négociations de dernière minute ?

Les espoirs d’un accord de dernière minute, avant mardi et la fin du plan d’aide à la Grèce, n’ont pas entièrement disparu, notamment parce que la Banque centrale européenne a donné un répit à la Grèce en maintenant intact le plafond de fourniture de liquidités d’urgence aux banques grecques, alors que beaucoup craignaient qu’elle ne leur coupe les vivres.

Beaucoup de dirigeants espèrent cette issue, « Il reste encore du temps, le deuxième programme de la Grèce expire mardi soir, ce qui signifie qu’il nous reste 48 heures et je pense qu’il peut toujours y avoir des négociations » a expliqué le ministre espagnol de l’Economie Luis de Guindos.

Le commissaire européen chargé des Affaires économiques, Pierre Moscovici, a estimé lundi qu’il existait « des marges pour la négociation » avec la Grèce, Athènes étant à « quelques centimètres » d’un accord avec ses créanciers.

« La France, elle, (…) elle est disponible, toujours disponible pour qu’aujourd’hui, le dialogue puisse reprendre, puisse reprendre aujourd’hui, puisse reprendre demain », a insisté lundi François Hollande à la sortie d’un conseil restreint consacré à cette crise. « Mais aujourd’hui, il y a la possibilité toujours d’un accord, demain ça dépendra de la réponse des Grecs au référendum qui leur est proposé ».

    « Un non au référendum, c’est dire non à l’Europe »

Un non au référendum prévu dimanche en Grèce sur les propositions des créanciers serait « un non à l’Europe », a averti lundi le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, appelant à voter « oui » et critiquant très vivement le gouvernement de gauche radicale d’Alexis Tsipras.

« Je demanderai aux Grecs de voter oui, indépendamment de la question qui leur est posée », a-t-il dit, ajoutant qu’il fallait « voter oui parce que les Grecs fiers d’eux-mêmes et de leur pays doivent dire oui à l’Europe ». « Il ne faut pas se suicider parce qu’on a peur de la mort », a-t-il affirmé dans une adresse directe aux Grecs.
Quelles conséquences pour la France ?

« Aujourd’hui, l’économie française est robuste, bien plus robuste qu’il y a quatre ans et elle n’a rien à craindre de ce qui pourrait se produire » a assuré François Hollande ce lundi.

François Hollande s’est exprimé lundi matin sur la crise grecque à l’issue d’un conseil des ministres restreint.© Photo AFP ALAIN JOCARD

Ainsi, une sortie de la Grèce de la zone euro aurait des « conséquences catastrophiques » pour les Grecs, mais très « peu d’impact direct à court terme » pour les Français.

En cas d’abandon de l’euro, Athènes ne pourrait plus payer ses créances contractées dans la devise européenne. Mais l’économie grecque n’est « pas assez importante pour avoir un effet direct » sur celle de la France, rassure Fabien Tripier, professeur d’économie à l’Université Lille 1.

    « Ça ne veut pas dire qu’on va demander un chèque aux Français la semaine prochaine »

Les relations commerciales entre les deux pays ne sont pas assez développées et le système financier grec est, selon lui, maintenant assez indépendant du système financier des autres pays européens.

Si la Grèce est en défaut de paiement, c’est-à-dire si elle ne peut plus régler ses échéances de dette, « ça ne veut pas dire qu’on va demander un chèque aux Français la semaine prochaine », confirme de son côté Agnès Benassy-Quéré, économiste à l’École d’économie de Paris. « Il n’y aura pas d’impact à court terme pour les Français. »
L’engagement total des Français vis-à-vis de la Grèce est « de l’ordre de 1.000 euros » par personne, rappellent ces économistes.

Le seul effet négatif qui pourrait intervenir dans les prochains « jours ou semaines », selon Fabien Tripier, est « un risque d’augmentation des taux d’intérêt sur les dettes souveraines » des États de la zone euro.

Ce qui entraînerait « des pertes sur le budget de l’État ». Car la France, dont la dette publique dépasse déjà les 2.000 milliards d’euros, paierait davantage pour emprunter de l’argent sur les marchés.

Comme le niveau des taux d’emprunt entre en compte dans ses prévisions budgétaires, une hausse de ces taux « peut rendre difficile les engagements de la France » sur le plan de la réduction du déficit, prévient M. Tripier. Toute la question est de savoir l’ampleur de la hausse des taux d’emprunt que provoquerait un « Grexit ».

Source : Sudouest

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