Interview de

Gérard Depardieu et Fanny Ardant

 

Gérard Depardieu et Fanny Ardant montent en octobre 2015 sur les planches du théâtre de l’Estrade à Moscou avec une œuvre de Marguerite Duras, « La musica deuxième ».

 

Extrait :

Qu’est-ce que la Russie pour vous ? Est-ce que c’est l’Asie, est-ce que c’est l’Europe ? Comment placez-vous la Russie dans le monde culturel contemporain ? Vous sentez-vous proche de cette culture ?

Fanny Ardant : Je pense que la Russie fait partie de l’Europe. Rappelez-vous cette fameuse phrase du Général de Gaulle, « L’Europe, de l’Atlantique à l’Oural ». La place de la culture russe est prépondérante, pour la musique, pour la littérature, pour la poésie, pour l’innovation, que ce soit dans les ballets, dans la peinture. On ne peut pas imaginer l’Europe sans la Russie.

Gérard Depardieu : Moi, si la Russie ne fait pas partie de l’Europe, je viens m’installer en Russie, point ! Bien entendu que la Russie fait partie de l’Europe. Toute l’histoire de Ivan le Terrible qui a fait l’Asie jusqu’à l’Occident, c’est le grand souffle du monde, cette Russie. Il y a toujours une phrase qui résonne pour moi qui est qu’ « il n’y a pas de montagnes pour arrêter le vent. » Donc, évidemment je me sens très russe au fond de moi.

M. Depardieu, vous êtes devenu récemment citoyen russe, peut-être Fanny voulez-vous suivre cet exemple ? Mais Gérard Depardieu, est-ce que vous ne le regrettez pas vu la situation politique aujourd’hui, les sanctions… ? Pourquoi ne pas devenir citoyen des Etats-Unis ?

Gérard Depardieu : Les Etats-Unis ?! Jamais ! Je n’aime pas les Américains, ni même leurs films ni même leur culture. C’est un peuple qui a sans arrêt détruit l’autre. Ils se sont battus entre eux, ils ont détruit les Indiens, après ils ont fait l’esclavage, puis il y a eu la guerre de Sécession. Après ce sont eux les premiers qui ont utilisé la bombe atomique. Partout où ils passent ils font des foyers de merde. Non, je préfère être russe. Et puis si les Européens arrêtent d’écouter ces Américains, eh bien je serai le plus heureux, voilà. « Вот » !

Fanny Ardant : Moi je voudrais être une résidente privilégiée de la Russie.

Gérard Depardieu : Être en Russie, c’est déjà être privilégié.

Fanny Ardant : Mais moi je n’ai jamais eu de sentiment d’appartenance nationale bizarrement. J’ai toujours cru justement à la nationalité des esprits, des sentiments, des émotions…

Gérard Depardieu : C’est pour ça que Fanny est très russe !

Fanny Ardant : Moi j’ai été très étonnée d’apprendre que Cervantès était espagnol, que Dostoïevski était russe, que Mozart était autrichien. Pour moi, ils étaient du même pays que moi.

Gérard Depardieu, vous figurez sur la liste noire de l’Ukraine. Est-ce que cela vous dérange, est-ce que vous aviez prévu d’y aller ?

Gérard Depardieu : Non, je pense que cette liste, elle est déjà annulée. Elle n’est plus noire, elle est plutôt grise maintenant. Ils sont fait une liste noire pendant une journée et se sont rendus compte qu’il y avait trop de personnages dans cette liste noire. Ils l’ont donc annulée, la liste noire. Mais j’ai eu la chance de bien connaître l’Histoire de l’Ukraine, puisque j’ai été invité par M. Vladimir Kouchma, et aussi par Viktor Youtchenko avec qui j’ai d’ailleurs passé le Nouvel An orthodoxe dans sa datcha (maison de campagne russe, ndlr). Viktor Youtchenko est très très religieux. J’ai pu rencontré Mikhaïl Saakachvili qui était le président de la Géorgie mais dont j’ai ensuite appris qu’il était allié avec George Bush, qui a annexé l’Irak. Alors que tout le monde savait qu’il n’y avait pas de bombe mais enfin, c’est comme ça. En plus, Youtchenko et Kouchma m’ont raconté que l’Ukraine, sans même parler du Donbass, était un empire ottoman jusqu’en 1778. Et les Russes de la Grande Catherine se sont battus contre les Ottomans avec les Français et les Anglais. Et les Ottomans ont perdu. Et la Crimée est devenue russe. Voilà! « Никому платить не будем ! » (en français, « Nous ne paierons personne », ndlr)

M. Depardieu, est-ce vous venez plus souvent en Russie depuis que vous avez le passeport russe ? Est-ce que cela change quelque chose dans votre quotidien ?

Gérard Depardieu : J’adore le passeport russe. Même si j’ai entendu des messieurs, comme ce vieux metteur en scène dont j’ai oublié le nom, qui trouvaient ça lamentable de donner un passeport à un ivrogne comme moi. Je pense à acquérir bientôt un appartement à Moscou et une petite maison à Saransk (République de Mordovie, ndlr). Mais j’ai vraiment envie aussi d’aller en Sibérie, je suis très heureux et je pense que partout où je passe, même en Amérique, tous me demandent, mais fais voir ton passeport russe ! Alors je leur montre le passeport russe (il le montre, ndlr).

Source : la dame de pique

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