C’est trop tôt selon les écologistes

Dès septembre, l’ordre d’évacuation sera levé dans certaines villes autour de Fukushima.

Travaux de décontamination en cours », peut-on lire sur des banderoles fluorescentes jaunes le long des routes de la région irradiée de Fukushima, au Japon.

La décontamination de ces lieux, qui totalisaient environ 70 000 administrés sur 25 000 hectares, est conduite par l’Etat. Par ailleurs, 39 autres communes, non évacuées car présentant une exposition inférieure à 20 mSv/an, doivent aussi être assainies, un travail confié aux autorités locales.

© Photo AFP TOSHIFUMI KITAMURA
20 000 « décontamineurs » aux  effets incertains.

Les quelque 20 000 « décontamineurs » (selon les chiffres du ministère de l’Environnement) ont souvent appris sur le tas mais sont soumis à des règles a priori strictes de radioprotection et sont appelés à se soumettre à un suivi sanitaire, comme les travailleurs du secteur nucléaire. Sous un soleil de plomb en plein été, ils transpirent sous leur combinaison en matière plastique. Leur tâche titanesque et fastidieuse est réalisée avec soin, mais ses effets sont jugés très incertains.

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Trop tôt ?

« Le gouvernement de Shinzo Abe est déterminé à essayer de normaliser les effets de la catastrophe nucléaire, créant le mythe que la vie des gens peut être restaurée quelques années seulement après la contamination », écrit Greenpeace dans un rapport rendu public mardi. Mais, s’appuyant sur des mesures sur le terrain, le groupe écologiste affirme que la zone évacuée n’est toujours pas habitable du point de vue sanitaire.

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« Le gouvernement Abe a décidé de lever au plus tard en mars 2017 les restrictions d’habitat autour de Fukushima. Cela implique des efforts de décontamination qui s’avèrent déjà largement insuffisants et inefficaces. Aujourd’hui, les niveaux de radiation sont trop élevés pour permettre un retour des habitants »

Sur le terrain, des pelleteuses raclent la terre dans les champs, autour des habitations, dans les cours d’établissements scolaires et autres lieux de vie de la population rurale. Les maisons et bâtiments sont lavés, comme les routes et parkings. Seules les aires où les personnes sont censées vivre et se déplacer fréquemment sont nettoyées.

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Les forêts et autres étendues non cultivables sont laissées ainsi, comme l’a recommandé l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA). Cette stratégie pour aller plus vite fait néanmoins craindre aux écologistes une recontamination ultérieure par migration de la radioactivité.

Radioactivité variable

La terre, les herbes ou feuilles souillées sont enfermées dans 2,5 millions de gros sacs noirs qui patientent sur place ou dans un des 795 lieux d’entreposage temporaire, en plein air. D’importants sites d’entreposage pour une durée de 30 ans sont en cours de construction dans les bourgades inhabitables les plus proches du complexe.

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La radioactivité ambiante est extrêmement variable dans les régions évacuées autour de la centrale Fukushima Daiichi et la décontamination ne concerne que les zones touchées jugées potentiellement réhabilitables à court terme.

La zone dite interdite dans les premiers mois suivant l’accident a ensuite été redécoupée en fonction du niveau d’exposition à la radioactivité, afin d’organiser la décontamination puis le retour progressif des habitants. Le périmètre où l’exposition dépasse 50 millisieverts/an est pour le moment laissé ainsi, inhabitable.

« Ce qui m’inquiète, c’est l’eau »

En revanche, la décontamination progresse dans les onze localités où le niveau était compris entre 20 et 50 millisieverts par an, afin de le faire passer sous le bas de cette fourchette, une dose que les autorités jugent admissibles pour les habitants, au grand dam des écologistes.

« Le niveau de radioactivité est élevé, là juste derrière, et sur les collines »

C’est le cas de Naraha, à 20 km de la centrale accidentée. Le 5 septembre sera levé l’ordre d’évacuation de cette localité de 7 400 âmes entièrement désertée. « Ce qui m’inquiète, c’est l’eau : on fait la cuisine, on se lave avec, vous comprenez« , note M. Yamauchi, 60 ans. Il était restaurateur ici. Lorsqu’il regarde le panorama,  il pense : « le niveau de radioactivité est élevé, là juste derrière, et sur les collines ».

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« Les pouvoirs publics ont fait de gros efforts, mais ne sont décontaminées que des aires limitées autour des habitations, pas la forêt alentour », confirme Jan Vande Putte, expert nucléaire de l’organisation écologiste Greenpeace. « Il existe un risque de recontamination à cause de la migration de la radioactivité de la montagne vers des zones décontaminées ».

Source : Sudouest

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