Hollande bombardera l’organisation ETA

 

La déclaration est retentissante : Suite à l’arrestation le 22 septembre dernier dans les Pyrénées-Atlantiques de deux responsables présumés de l’organisation terroriste ETA, et bien que sans véritable lien direct avec celle-ci, MM. Valls, Hollande et Fabius ont récemment donné officiellement – quoiqu’implicitement – leur aval au bombardement de Bayonne, Biarritz, St Jean-de-Luz et de toute autre ville de France où des membres de cette organisation pourraient se réunir, par l’armée de l’air du Royaume d’Espagne.

 

Cette série de déclarations marque incontestablement un tournant fondamental dans l’histoire des relations franco-espagnoles et présage à court ou moyen terme le bombardement massif et systématique des villes et villages de l’arrière-pays d’Euzkadi, où l’organisation désormais secrète compte notoirement de nombreux membres présumés.

En effet, selon M. Fabius, les bombardements français en Syrie relèvent de la « légitime défense » car, explique-t-il, « c’est depuis la Syrie, nous le savons, que sont organisées les attaques contre plusieurs pays d’Europe, et notamment le nôtre ! ». La logique des autorités françaises est implacable et il est implicitement entendu qu’il en va naturellement de même pour les attentats terroristes potentiels susceptibles d’être organisés depuis le sol français contre des cibles situées en Espagne.

A ce titre, l’Espagne se trouve donc, du point de vue des plus hautes instances françaises, légitimement habilitée à déclarer unilatéralement l’actuel gouvernement français illégitime, au prétexte qu’il est incapable depuis des décennies de gérer correctement le problème de la présence d’activistes d’ETA sur le sol français. Dans ce cas l’Espagne pourrait de facto se dispenser de l’aval de l’Etat français ou de celui de l’ONU pour bombarder les villes et villages de France où elle estime savoir que l’organisation terroriste dispose de positions et de camps retranchés. Ces bombardements ne violeraient pas réellement le droit international, estiment les autorités françaises, qui s’appuient sur l’article 51 du chapitre VII de la Charte des Nations Unies pour faire valoir la validité de ces dispositions au regard du droit international.

En même temps, le gouvernement français estime que l’Armée de l’air espagnole devrait alors s’efforcer de frapper sélectivement les terroristes liés à ETA, et ne viser exclusivement que ceux qui menacent Madrid ou d’autres capitales européennes, en évitant scrupuleusement de cibler les groupes de « terroristes modérés » qui menacent exclusivement Paris. Au contraire, du point de vue des autorités françaises, Madrid serait légitimement habilitée à armer, entraîner et soutenir ces terroristes-là et à assurer leur protection et défense jusque devant les plus hautes instances de l’ONU.

Bon, c’est vrai, ça parait un peu confus comme ça mais en réalité, faut pas être sorti de l’ENA pour saisir l’immanente logique de ces contradictions ubuesques. Et si l’Espagne a, elle aussi, des bombes périmées à déstocker pour en racheter des neuves et des expériences professionnelles de pilotes de chasse à valider en situation réelle, il faut bien qu’elle trouve un endroit où faire faire à ses chasseurs bombardiers autre chose que des tours de piste et des photos de cibles factices.

Evidemment, là où ces vibrantes déclarations deviennent nettement plus problématiques, c’est en revanche par rapport au dossier syrien lui-même. En effet, suite à la déclassification de documents secrets datant de 2012 et aux déclarations de plusieurs responsables américains (notamment Michael Flynn, ancien directeur de la DIA (Defense Intelligence Agency) et plus récemment d’autres diplomates US qui ont vertement reproché à l’aviation russe d’avoir bombardé les positions de groupes terroristes financés, armés et entraînés par la CIA, la donne a fatalement changé pour les autorités françaises.

Le Pentagone avait très officiellement engagé des millions de dollars dans un programme de recrutement, de formation et d’entraînement de «  rebelles modérés » qui s’est récemment avéré un véritable fiasco. Les représentants du Pentagone ont finalement dû reconnaître en septembre dernier devant le Sénat US que les quelques dizaines de mercenaires issus de ce très onéreux programme s’étaient en réalité évanouis dans la nature ou avaient été tués ou interceptés par Daesh dès leurs premières missions, ou étaient plus exactement passés à l’ennemi avec armes et bagages. En revanche, le programme de la CIA de formation de mercenaires islamistes eux aussi illégalement armés et entraînés à combattre les forces du gouvernement syrien, était supposé rester secret. Un secret de polichinelle de plusieurs milliers d’hommes lourdement armés et épaulés sur le terrain par toute la formidable infrastructure du renseignement américain – voire franco-américano-britannique – mais un secret quand même au sens ou la CIA n’est pas supposée avoir de comptes à rendre sur la manière dont elle utilise les fonds qui lui sont alloués ni sur les objectifs exacts de ses méthodes et programmes. Enfin, tant que les Russes ne réduisent pas ses séides en bouillie.

Quoi qu’il en soit, le problème reste que si les Américains reconnaissent eux-mêmes avoir sciemment contribué depuis le Pentagone et le siège de la CIA aux USA, à la création, à l’organisation, au financement et à l’armement des groupes terroristes qui «  depuis la Syrie, nous le savons, [ont] organisé les attaques contre plusieurs pays d’Europe, et notamment le nôtre !  », les autorités françaises, prises à leur propre logique et sauf à ridiculiser une fois de plus totalement la nation qu’elles représentent, se doivent d’ordonner à l’aviation française de bombarder aussi le Pentagone, le siège de la CIA à McLean en Virginie et assez probablement aussi, nonobstant quelques réticences, la Maison Blanche à Washington. Aux yeux de la Communauté Internationale réunie au grand complet pour la 70e session de l’Assemblée Générale des Nations Unies, il serait malvenu pour le gouvernement Hollande de tergiverser pour finalement s’en tenir mièvrement à deux poids deux mesures.

Or il semble que dans ce cas, selon le point de vue des experts interrogés à ce sujet, Washington se montrera probablement assez peu disposé à louper une aussi belle occasion de déstocker elle aussi ses vieilles bombes périmées pour en acheter des neuves – même si ça fait déjà près de trente ans qu’elle déstocke littéralement non-stop au Proche-Orient.

Le fait est qu’elle en produit beaucoup et qu’elle a les coudées assez franches en matière de budget militaire.

Business is business after all !

Source : michel collon

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.

*